La répression continue et meurtrière dans la bande de Gaza

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 À ce jour, il y a eu quatre mobilisations populaires massives dans le cadre de la série de manifestations de la Grande Marche de Retour qui a commencé le 30 mars. Chaque manifestation a été accueillie par des réponses meurtrièress de l'armée d’occupation israélienne, qui a assassiné 40 Palestiniens à Gaza depuis le 30 mars. Plus de trente personnes, dont quatre enfants et deux journaliste, ont été mortellement blessées lors des manifestations. Plus de 1 600 autres Palestiniens ont été blessés par les tirs des balles réelles, résultant en des "blessures horribles" susceptibles de laisser beaucoup d'entre eux avec des handicaps permanents selon de nombreux médecins. En même temps, aucun décès n'est survenu du côté de l'occupant israélien.

 Des vidéos montrent des Palestinien·ne·s non armés fuyant les forces d’occupation israéliennes lors des manifestations et se faisant tirer une balle dans la tête par des tireurs d’élite israéliens. Dans une interview à la radio par exemple, un brigadier-général israélien (Réserve) Zvika Fogel a confirmé que lorsque des snipers stationnés le long de la frontière israélienne avec Gaza tirent sur des enfants, ils le font délibérément, selon des ordres clairs et spécifiques.

Les journalistes palestinien·ne·s qui couvraient les manifestations ont également été visés. Au moins six journalistes ont été blessés par balles selon un communiqué du syndicat des journalistes palestiniens. Yasser Mourtaja, reporter palestinien très populaire dans la bande de Gaza, est mort le 7 avril à la suite des blessures infligées par les tirs des soldats israéliens, alors qu’il portait un casque et une veste indiquant explicitement qu’il appartenait à la presse.

Droit au retour pour les Palestinien·ne·s

Les manifestations organisées depuis le 30 mars dernier, à l’occasion de la célébration de la journée de la Terre, qui commémore le meurtre israélien de six Palestiniens en 1976 lors de manifestations de masse contre le vol de terres par l’état d’Israel, marquent la première étape des six semaines d’initiatives de la « marche du Retour ». Celles-ci dureront jusqu’au 15 mai, date anniversaire de la création de l’État d’Israël en 1948 et symbole, pour les Palestinien-e-s, de la « Nakba », la Catastrophe, au cours de laquelle 800 000 d’entre eux (sur 1,4 millions à l’époque) furent expulsés de leur terre. Ces mobilisations visent à réclamer « le droit au retour » des Palestiniens.

Aujourd’hui, le nombre de réfugié·e·s palestiniens dépasse les six millions. A elle seule, la bande de Gaza ne compte pas moins de 1,3 million de personnes (sur deux millions d’habitant·e·s) officiellement enregistrées comme réfugié·e·s. Pourtant, la résolution 194 de l’Assemblée générale des Nations unies, adoptée le 11 décembre 1948 (qui n’a pas de valeur juridique contraignante), soutient le droit au retour des Palestinien·ne·s. Elle stipule «qu’il y a lieu de permettre aux réfugié·e·s qui le désirent de rentrer dans leur foyer le plus tôt possible et de vivre en paix avec leurs voisin·ne·s, et que des indemnités doivent être payées à titre de compensation pour les biens de ceux·celles qui décident de ne pas rentrer dans leur foyer […] ».

Mais ce serait oublier le blocus inhumain et illégal, au regard du droit international, imposé par l’Etat d’Israël, avec l’assistance du régime égyptien depuis plus d’une décennie sur la bande de Gaza, transformant ce territoire en prison à ciel ouvert. L’asphyxie est totale: plus de 80 % des habitant·e·s de Gaza dépendent des aides internationales. Les hôpitaux manquent de médicaments et l’électricité n’est disponible que quelques heures par jour. L’eau est imbuvable et les évacuations des égouts sont dirigées directement dans la mer.

Un laisser-faire des puissances occidentales et autres

Un projet de déclaration du Conseil de sécurité de l’ONU, appelant «toutes les parties à la retenue et à prévenir toute escalade supplémentaire» et demandant une enquête sur les violences, a été bloqué par les Etats-Unis. De son côté, l’Union européenne refuse toujours de condamner les actions de répression sanglantes d’Israël, dont les dirigeants ont d’ores et déjà prévenu que les consignes de tir resteraient les mêmes. La répression meurtrière de ces manifestations, rassemblant de dizaines de milliers de personnes, poursuit des objectifs politiques: dissuader quiconque de participer aux prochaines initiatives du même type, à moins d’être prêt à risquer sa vie.

Face aux critiques contre la répression sanglante des forces d’occupations israéliennes, le ministre israélien de la Défense Avigdor Lieberman a déclaré "tous nos soldats méritent une médaille ». Des vidéos montrent clairement lors des manifestations que des Palestiniens non armés fuient les forces d’occupations israéliennes et se font tirer une balle dans la tête par des tireurs d'élite israéliens.

Il faut être clair: il ne s’agit pas de «confrontations» ou d’«affrontements»comme le présentent les médias dominants et les gouvernements occidentaux. Nous avons affaire aux crimes délibérés d’une force occupante, coloniale et raciste contre des manifestant·e·s non armés.

Le Hamas entre accusations et récupérations

Israël cherche à accuser le Hamas d’être l’instigateur des manifestations et d’utiliser celles-ci pour cacher ses «activités terroristes». De son côté, le Hamas tente de récupérer politiquement ces mobilisations initiées d'abord par des activistes indépendants et majorité de gauche, alors qu’il était en perte de vitesse et isolé au niveau interne et externe.

La position du Hamas à Gaza est devenue à bien des égards intenable. Soumis au blocus d’Israël et de l’Egypte d’une part et aux sanctions économiques imposées par l’Autorité palestinienne sur Gaza, en plus des coupures d’électricté imposées par cette dernière, d’autre part, le mouvement fondamentaliste islamique est sous la pression de plusieurs pays arabes, dont l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis, qui voient en lui une ramification des Frères musulmans, une organisation considérée comme terroriste par ces régimes.

Le Hamas a en même temps renforcé ses relations avec l'Iran et la Turquie. Les responsables du Hamas ont fait l'éloge des dirigeants et des gouvernements de ces pays ...

70 ans de crimes contre le peuple palestinien

Les attaques et les raids nocturnes contre les Palestinien·ne·s en Cisjordanie occupée ont doublé au cours des deux premiers mois de 2018. Des villages palestiniens entiers dans le nord d’Israël sont menacés de démolition et certains d’être remplacés par des colonies.

L’un des principaux déclencheurs de l’augmentation des agressions cette année est la décision du président américain Trump de déplacer l’ambassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem. Cette décision et plus généralement le soutien de Trump à Israël ont encouragé le gouvernement israélien à accélérer les projets d’extension de la colonisation en Cisjordanie et à poursuivre l’effacement de l’identité palestinienne. Sans compter la pression saoudienne sur l’Autorité palestinienne pour accepter les conditions israéliennes et un accord politique en faveur de Tel-Aviv.

Plus généralement, comme je l’ai déjà mentionné auparavant, les régimes autoritaires de la région sont également coupables de la situation des Palestiniens. Les classes dirigeantes des régimes de la région ne s'intéressent pas aux conditions des Palestiniens ni à aucune perspective de libération de ces derniers, mais en même temps ils utilisent les Palestiniens pour remplir leurs propres intérêts politiques internes et étrangers. Par exemple, en Syrie, le régime d'Assad bombarde de nouveau massivement des localités habitées à majorité par des populations palestinienne, le camp de réfugiés palestinien de Yarmouk et la zone d'al-Hajar al-Aswad, partie d'une petite enclave divisée entre combattants jihadistes et autres groupes armés d'opposition au sud de la capitale Damas, malgré la présence de civils restants dans ces zones.

Le chemin de la libération du peuple Palestinien est liée à la libération des peuples de la région.

L’Etat d’apartheid, colonial et raciste d’Israël doit être sanctionné pour ses crimes continus depuis bientôt 70 ans contre les populations palestiniennes. Nous devons continuer à soutenir la campagne Boycott-Désinvestissement-Sanctions (BDS) tant que l’Etat d’Israël ne respectera pas le droit international et les droits des Palestinien·ne·s, et exiger l’arrêt des collaborations politiques et militaires de la Suisse avec l’Etat criminel d’Israël.

Joe Daher

Lien permanent Catégories : Etats Unis, Palestine, résistance 0 commentaire

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