18/12/2017

Les crimes contre les femmes syriennes dans les prisons d’Assad

Le reportage « Syrie, le cri étouffé », diffusé le 12 décembre sur la chaine de télévision nationale France 2, a rappelé le calvaire et les violences perpétrées contre les femmes dans les géoles du régime Assad. Les témoignages de femmes violées et victimes de crimes sexuels perpétrés par leurs géoliers ont particulièrement suscité l’émotion auprès de plus d’un million de téléspectateurs.


Les viols ont constitué une puissante arme de répression des services de sécurité et miliciens du régime Assad depuis le début du soulèvement populaire en mars 2011. Dès le printemps 2011, des femmes ont été agressées et / ou violées par des miliciens au niveau des barrages dans la rue. Pire, des campagnes de viols par des milices pro-régimes ont été organisées à l’intérieur des maisons alors que s’y trouvaient les familles. Des filles ont été violées devant leur père, des femmes devant leur mari.

 

Les femmes emprisonnées dans les prisons du régime Assad ont subi des sévices inhumains. Une femme parmi tant d’autres raconte notamment son calvaire: “Les viols par cinq ou dix hommes, qui déchiraient les femmes en criant : ‘Ton frère ou ton mari s’est révolté contre le régime ? Ils veulent la liberté ? Eh bien voilà ce qu’on leur répond ! Tiens ! Tiens ! Violée, tu ne vaux plus rien ! Voilà ce que récoltent les salauds !'”. Leurs corps sont devenus des champs de torture, de bataille et d’humiliation pour les hommes au services du régime criminel d’Assad. Le régime Assad inflige cela aux femmes « pour briser les familles, briser la société et briser enfin la révolution, selon la réalisatrice du reportage « Syrie, le cri étouffé », Marion Loizeau, .

Difflrentes organisations des droits humains parlent de plus de dizaines milliers de cas de viols dans les prisons du régime de Damas. C’est un crime organisé et planifié de grande ampleur. Sa nature systématique, planifiée et de grande ampleur par des organes de l’état en feraient donc un crime contre l’humanité. Les chiffres sus-mentionnés sont considérés comme conservateurs car dans de nombreux cas les femmes survivantes ne souhaitent pas s’exposer au stigma et tabous entourant le viol et les violences sexualles. C’est pourquoi les traitements inhumains et dégradants et les actes de torture subis par les femmes en prison sont très difficiles à documenter.

Les femmes emprisonnées sont donc doublement victimisées et isolées : de la part du régime, mais aussi de la part de leurs propres familles et société qui les rejettent, et dans certains cas vont même plus loin en les tuant. Les structures patriarcales de la société viennent renforcer la torture organisée par le régime Assad, qui lui-même joue sur ces structures : le viol est sciemment utilisé pour ‘déshonorer’ l’ensemble de la famille, voire le clan ou le quartier, se basant sur le stéréotype sexiste que l’honneur d’une famille repose sur la respectabilité des femmes qui en font partie. . L’injustice est ainsi à son comble : la femme est coupable d’être victime, ou supposée victime, puisque la simple détention dans un centre de renseignement équivaut à une présomption de viol. Les familles explosent souvent. Des maris rejettent leur épouse et divorcent. Des parents se précipitent pour marier leurs filles au premier volontaire venu, fût-il âgé et déjà marié, pensant à tort qu’un mariage, quand bien même fût-il précoce, sera une protection contre les violences sexuelles. Les crimes « d’honneur » et suicides d’ex-détenues sont également devenus malheureusement plus fréquents.

Maryam, l’une des rares femmes qui a osé témoigner à visage découvert dans le film a été rejetée par son mari, sa mère, ses frères et sœurs. Elle vit aujourd’hui réfugiée en Turquie, et tente de survivre seule avec ses cinq enfants. Elle a néanmoins décidé de résister en prenant la parole et en luttant pour les droits des femmes et des filles syriennes. En septembre dernier, elle a ouvert à Hatay une école (Al Kalam, La plume) pour trente fillettes syriennes mariées de force à des hommes plus âgés profitant de la marginalisation des réfugiés dans les sociétés d’accueil. Elles ont pu divorcer.[1]

Marion Loizeau explique que ces « femmes parlent parce qu’il y a encore des milliers de femmes syriennes en prison. Elles espèrent que les bourreaux seront mis en prison», preuve que même les tortures les plus dures du régime Assad ne parviennent pas à détruire la détermination des survivantes dans leur quête de justice et de réparations. Depuis 2011, environ 65 000 Syriens auraient disparu, probablement victimes d’arrestations arbitraires, selon les estimations du réseau syrien des droits de l’homme (SNHR). En février 2017, l’initiative Familles pour la paix lancée par des femmes de disparus à Genève demande aux différents des négociations à s’emparer du dossier des disparus et la libération de tous les prisonniers détenus abusivement en Syrie, ainsi que la publication d’une liste de tous les captifs et de leur lieu de détention.

L’idée du sexe comme une conquête, associée à la masculinité toxique, est intégralement connectée avec la sexualisation de la domination. Dans l’histoire, les conqêtes militaires et repressions se sont très souvent accompagnées de mesures de contrainte et crimes sexuels, car comme le notait la féministe et marxiste Angela Davis, « c’était la politique non écrite du commandement états-unien au Vietnam d’encourager systématiquement le viol, car c’était une arme de terrorisme massif extrèment efficace ». L’armée japonaise durant la seconde guerre mondiale a asservi des chinoises, coréénnes, taiwanaises, et autres femmes de territoires conquis comme des esclaves sexuelles (appelés des « femmes de réconfort »), souvent présentés comme des « gains de guerre ». De même, les geôliers dans les prisons israéliennes utilisent différentes formes d’harcèlement sexuels et humiliations contres les prisonnières palestiniennes. Le harcèlement sexuel et l’humiliation dans toutes ses formes, y compris tentatives et / ou viols, sont utilisés pour dissuader les femmes de participer dans les luttes et pour asseoir la domination de la puissance répressive.

Les agressions sexuelles et les viols renforcent les relations de pouvoir en marquant la conquête par le dominant et la domination des subordonnés.

“L’injustice pour la femme c’est d’être punie par la société et le régime. Le régime la viole et la société la rejette”, raconte une des victimes. C’est pourquoi la lutte contre les différentes formes de dictatures, absolument fondamentale, et leurs barbarismes doit s accompagner d’une lutte contre les différentes formes d exploitations et d oppressions dans la société, et dans ce cas contre le système patriarcale et sexiste.

Joseph Daher

18/12/2017

Version longue d’un article qui sera publié dans le journal solidaritéS dans le numéro 320 https://www.solidarites.ch/journal/

[1] Voir ce lien pour aider l’organisation de Maryam http://www.liberation.fr/direct/element/une-collecte-lanc...

 

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Commentaires

Saviez-vous qu'une société suisse a vendu un hachoir à viande XXXL, installé dans la prison que va visiter pratiquement chaque soir l'oncle de bashar !

Ensuite, une meute de chiens accourent sur le terrain vague entourant la prison, tous les syriens le savent !!

Écrit par : Corto | 18/12/2017

On peut sérieusement se demander, si il n'y avait pas plus de morts avant 2011, tellement les disparitions faisaient tourner les "compteurs" ?

Lorsqu'un habitant d'un village était arrêté par les mukhabarat, le reste du village fuyait, car ils revenaient et massacraient tous les habitants encore présents dans le village !

Tout ça, pendant que le PS envoyait les jeunesses socialistes faire des voyages chez leurs camarades du parti baas, vous savez, les socialistes progressistes !!

Écrit par : Corto | 19/12/2017

Je me permet d'insister, mais j'ai été agréablement surpris lorsque j'ai appris que la ville de Cologne (qui refusait d'admettre et qui, de raison, avait même viré un de ses meilleurs policiers) a annoncé qu’elle allait distribuer des bracelets «Respect» pour encourager la compréhension entre les individus le soir du Nouvel An et empêcher une vague d’agressions sexuelles, comme celle ayant eu lieu le 31 décembre 2015.

Vous pensez, quelle force de dissuasion, à la limite de faire exploser la charte des droits de l'homme, des migrants ayant vécus sous les el assad ne vont jamais se remettre d'un tel traumatisme, vous rendez-vous compte, une mesure aussi accablante pour des personnes que l'on chatouillait chaque matin au réveille avec un chalumeau ?

Il faut absolument que je m'en procure, des-fois que ma femme ou l'une des mes filles décidait de sortir pour la soirée du réveillon !!

Écrit par : Corto | 19/12/2017

Pourquoi un tel "oubli" sur ce fondamental de votre sujet: le viol & l'esclavage sexuel, arme de guerre d'Assad, de daesch et de l'EI

Faiblesse mentale dans l'appréhension d'un sujet gravissime, que vous méconnaissez et traitez à la légère, par la lorgnette du buzz émotionnel d'un film récent (alors que le sujet ne l'est pas) et desservez les victimes dévoilées, qui n'espèrent plus rien des diplomates "de Genève" mais attendent tout des citoyens.nnes

Votre traitement de ce sujet pêche par absence de connaissance et d'infos.
Si l'Afrique est number one mondial dans le nombre de victimes de viols et violences sexuelles (l'Afrique du sud détient le triste record de viols sur bébés), le viol et l'esclavagisme sexuel organisé comme arme de guerre, utilisé par gouvernements et militaires, est récent.

- 1971. Bangladesh. "On estime à 200 000 le nombre de femmes violées pendant ce conflit par l’armée pakistanaise qui pratiquait les raids nocturnes dans les villages pour kidnapper ses victimes. Stratégie de guerre pour les Pakistanais selon Gita Sahghal, ancienne responsable de l’unité Genre d'Amnesty International

- 1992-95, 1956-66. Bosnie, Kosovo. Purification ethnique par le viol. 50'000 femmes violées. La plupart étaient des musulmanes agressées sexuellement par des soldats serbes, viols organisés dans les rues, dans les maisons des victimes, en face des familles, avec des objets, des bouteilles de verre cassées, des armes, des matraques.
L’existence de camps est aussi avérée, qui avaient pour but la fécondation des Croates et des Musulmanes prisonnières. Celles-ci étaient maintenues en détention jusqu’aux derniers jours de leur grossesse.

Chez les Serbes, l’identité ethnique se transmet par le père. De nombreux jeunes Serbes sont issus des naissances organisées dans ces camps.
Kosovo. Des milliers d’Albanaises victimes de viol, utilisé dans une logique de nettoyage ethnique, afin de terroriser les populations et les forcer à l'exil."
https://www.jolpress.com/article/viol-femmes-guerre-conflit-arme-458939.html

- 1994. Rwanda. Les leaders hutus encourageaient leurs soldats au viol des femmes tutsies. Les violences sexuelles perpétrées contre les femmes pendant la guerre du Rwanda incluaient le viol, le viol collectif, le mariage forcé, l’esclavage sexuel, le viol avec objets, les mutilations sexuelles. De nombreuses femmes tutsies ont été violées par des soldats séropositifs de manière à leur transmettre le virus du sida. De nombreuses scènes de viol avaient lieu en public, dans des écoles ou des églises

- 2004. Darfour. Le viol, stratégie militaire. Amnesty publie « le viol, arme de terreur ». Sur ordre du gouvernement du Soudan
"le gouvernement a donné carte blanche à des milices nomades pour attaquer les villages de groupes ethniques sédentaires du Darfour. Les attaquants tuent les hommes, violent les femmes et déplacent les villageois de force. Ils brûlent également les maisons et pillent ou volent les cultures et le bétail, principales ressources des communautés visées. Les forces gouvernementales soutiennent la milice Janjawid, provoquant le déplacement de 1,2 million de personnes, des milliers de femmes violées, 30'000 tuées et plus de 170'000 réfugiées au Tchad."

A noter: 2017, Amnesty édite les mêmes argumentaires (*2003-2008 viols en Afrique) dans ses rapports sur le prétendu génocide de la soit-disante ethnie rohingya, accusant des mêmes violences barbares les bouddhistes et l'armée birmane - seuls les chiffres changent.
https://www.amnesty.be/par-pays/Soudan/article/le-viol-une-arme-de-guerre-la

2016: reprise de l'article d'Amnesty par RFI*
http://www.rfi.fr/afrique/20160619-viol-arme-guerre-journee-onu-rdc-daesh-boko-haram-libye

- 2007-2008, Kenya, pendant les élections de 2007-2008
- 2010, Boko haram, la RDC déclarée "capitale mondiale du viol". Nombre de victimes de viols etc. estimé à 200'000 , en Centre-Afrique
- 2011. Sri Lanka. Selon Brad Adams, directeur d'une ONG appellée "humain rights" basée à Londres, qui fourni en rapports "humain rights" le jordanien prince et maître de sessions "humain rights" de l'ONU « Les forces de sécurité sri lankaises ont commis un nombre incalculable de viols de Tamouls - hommes et femmes - pendant leur détention ».
A noter: le même Brad Adams vient de livrer à cette commission de l'UNHCR un rapport sur les mêmes crimes monstrueux commis cette-fois par les militaires birmans contre les femmes rohingyas: viols innombrables, bébés vivants brûlés, femmes démembrées, tueries de masse, etc. Que publie la page tdg.monde

- 2011. Lybie. Viols de guerre organisés par Kadafi, nombre de victimes inconnu.

- l'armée de Bachar al Assad: arme des militaires, arme de nettoyage nationaliste, ethnique et religieux (cf les yézidis et les kurdes).

- Pratique systématique dans les territoires contrôlés par l'EI, dans les manuels de propagande de l'EI: "quand la femme ne correspond pas au statut qui lui assigné, le viol et l’esclavage sexuel peuvent être utilisés contre elle».


Mars 2014: Gita Sahgal* précisait
"L'usage militaire du viol de masse est récent. Il y a eu un basculement. Le viol est devenu un moyen d’établir un contrôle social ou de redessiner des frontières. Un déplacement des champs de bataille jusque sur le corps des femmes.

*ancienne responsable de l’Unité « genre » d’Amnesty International, Gita Sahgal, la petite-nièce de Nehru, publia ce rapport avant de rompre avec Amnesty qu’elle accuse de complaisance envers les talibans.

Si le viol utilisé comme arme de guerre, a été déclaré comme crime de guerre par l’ONU en 2008, le jour est encore loin où Bachard al Assad devra en répondre devant le TPI

(TPI créé - conséquence de la Shoah, suite au procès des nazis à Nuremberg - et ce fut le 1er Tribunal International - procès tenu de main de maître par l'incroyable procureur US R Jackson, à telle enseigne que le procès de Nuremberg fonda les bases du Droit International - dit en passant).

Merci.

Écrit par : divergente | 19/12/2017

https://www.youtube.com/watch?v=zgyu8Iwv3n4

Écrit par : Corto | 20/12/2017

Et que ce passera t-il, le jour où le pouvoir sanguinaire tombera en Syrie et que tous les assassins fuiront, allons-nous les accueillir en plus des tueurs de villageois du groupe daesh ?

Parfois, ce ne sont pas les meilleurs qui fuient le bateau !

Écrit par : Corto | 21/12/2017

L'Iran, allié de el assad, qui pend des gays dans ses rues, déclaré que Trump méprise la démocratie !!

Écrit par : Corto | 21/12/2017

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