07/07/2017

Maroc, la mobilisation populaire continue

La contestation populaire dans le Rif marocain s’est poursuivi tout au long du moi de juin et s’est étendu à plusieurs villes du pays, malgré la répression des forces de sécurité et les tentatives du régime marocain de discréditer le mouvement. Plusieurs milliers de policiers ont d’ailleurs été envoyés à Al-Hoceima poour mater les manifestations.


Le 2 juin, une grève générale a été lancée depuis la ville d’Al-Hoceïma à l’initiative du «Hirak», contre les politiques autoritaires du gouvernement et la libération des activistes du mouvement incarcérés, notamment l’arrestation de Nasser Zefzafi, le leader de la contestation populaire, incarcéré le 29 mai sous prétexte qu’il avait 3 jours plus tôt interrompu le prêche de l’imam à la mosquée qui relayait la propagande du régime accusant les manifestant-es de provoquer la « fitna » (discorde) dans le pays. Depuis les manifestants boycottent les prières dans les mosquées du pouvoir monarchique.

Cette journée de grève générale fut marqué par de nombreux affrontements entre manifestant-es et forces répressive de l’état.

Le 5 juin, c’était le tour de deux membres de premier plan du « Hirak » d’être arrêtés: Nabil Ahamjik, considéré comme le numéro deux du mouvement, et Silya Ziani, l’une des nouvelles figures des manifestations. Nawal Ben Aïssa, l’un des visages du mouvement , a également été interrogée le 7 juin par la police judiciaire de la ville. Un autre dirigeant, El Mortada Amrachaa a par ailleurs été arrêté à Al Hoceima dans la soirée du 10 juin, avant d’être relâché le 23 juin, pour être poursuivi en liberté provisoire. Plusieurs journalistes ont en outre été arrêtés. Certains des détenus ont entamé une grève limitée de la faim.

Ces arrestations n’ont qu’attiser la colère de plusieurs milliers de manifestant-es qui se réunissaient chaque soir à Al-Hoceima et ses environs. Il y a eu plus de 120 arrestations depuis le début de la protestation. Des condamnations allant jusqu’à 18 mois de prison ont été prononcées contre 40 détenus et 18 autres sont poursuivis en liberté provisoire.

Les clichés d’une intervention de dizaines de gendarmes en tenue anti-émeutes jusque sur les plages d’Al-Hoceïma pour dissuader des baigneurs de scander des slogans en faveur du “hirak” a d’ailleurs fait le tour des réseaux sociaux.

Le mouvement de protestation populaire s’est étendu dans plusieurs autres villes, dont Rabat, Casablanca et Tanger, sous formes de manifestations et grèves pour dénoncer les marginalisations économiques et sociales suite à l’appel de certains partis politiques, syndicats et organisations de défense des droits humains.

Des manifestations en solidarité avec le mouvement populaire dans le Rif et ses revendications sont également été organisés par la suite à Rabat et autre grandes villes du pays. Un appel à une initiative centralisée à rabat d’ailleurs vu le jour dans ce contexte avec pour slogan fédérateur « Nous sommes un seul pays, un seul peuple, Tous contre la Hogra[1] ». Cette initiative a été soutenue par un large éventail de forces politiques réunissant des secteurs militants du mouvement social, la gauche non gouvernementale, les forces de la gauche radicale, l’opposition islamiste indépendante, les associations des droits de l’homme, les coordinations locales de soutien au Rif, les mouvements amazighs.

L’objectif était de contrecarrer la propagande du pouvoir contre les accusations de séparatisme du mouvement du Rif, et de centrer la lutte sur les thématiques de la « Hogra » et des questions sociales, d’apporter une solidarité à la mobilisation populaire du Rif et de réclamer la libération des prisonniers politiques et la fin de la répression. En plus de ces objectifs, l’opportunité de construire un mouvement à l’échelle nationale était aussi en ligne de mire. La manifestation ouverte par le comité des détenus des familles du Rif fut un véritable succès avec une participation de 100 à 150000 manifestants. Il faut d’ailleurs noter le rôle massif joué par les femmes dans les mobilisations et actuelles de manière générale.

La contestation est donc loin d’être finie, et la détermination des manifestant-es du Rif persiste. La solidarité se développe en même temps progressivement à travers le pays, malgré les tentatives de la monarchie marocaine d’empêcher tout effet boule de neige à travers le pays. L’extension est la clé de la réussite et de la survie du mouvement.

C’est d’ailleurs dans ce climat de continuation des mobilisations populaires que les forces de l’ordre ont entamé un retrait “progressif” de lieux publics symboliques à Al-Hoceïma et d’Imzouren, interprété comme un signe d’apaisement par les autorités.

Solidarité avec les luttes pour la liberté et la dignité !

Joseph Daher

[1] C’est-à-dire le mépris du pouvoir à l’égard des populations et le sentiment d’injustice ressenti par les démunis.

 

16:58 Publié dans Maroc, résistance | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Facebook | | | |

Commentaires

"la contestation populaire": Manquent de clarté vos faits: Vous parlez de l'occupation marocaine illégale de territoires dans le rif qui perdure et perdure, et de la répression de l'armée marocaine contre les tribus, déplacements etc, ce qui existe depuis des lustres ? faudrait préciser quels intérêts défendus par qui

et sinon, pourquoi censurez-vous mon commentaire sur votre billet précédent?

Écrit par : divergente | 07/07/2017

Ce roi du Maroc serait bien inspiré que de revenir aux méthodes qu'appliquait sans état d'âme son père, le commandeur des croyants. C'est un langage simple mais très efficace que comprennent bien mieux encore que l'arabe toutes ces vermines d'islamistes, frères musulmans, leurs disciples-délinquants et leurs alliés objectifs, ces demi lettrés qui se revendiquent d'un vague marxisme mal digéré mais qui dans le fond ressemble plus à un couscous au national-socialisme. Le printemps arabe ? C'te blague.

Écrit par : Giona | 08/07/2017

Bonjour Giona,

Vous devriez lire l'À propos du détenteur de ce blog pour savoir à qui vous avez affaire....... Étonnant vu son nom..... Mais bon! C'est un activiste... de SSS!

Écrit par : Patoucha | 09/07/2017

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