27/06/2017

Proche-Orient : Alors que l’étau se resserre autour de Daesh, les tensions régionales montent

L’étau continue à se resserrer sur l’Etat Islamique (EI) qui occupent les villes de Raqqa et de Mossoul, tandis que les tensions militaires continuent à s’accentuer entre différents acteurs internationaux et locaux en Syrie.

 


En Iraq, les forces armées irakiennes, assistées par des milices fondamentalistes chiites, et soutenues par l'aviation de la coalition internationale lançaient leur offensive le 18 juin contre le dernier bastion de l’EI dans la vieille ville de Mossoul. Environ 100 000 civils restent piégés dans cette zone dans des conditions difficiles, avec peu de nourriture, d'eau et de médicaments et un accès limité aux hôpitaux, selon les Nations Unies. Selon l'ONU, quelque 100 000 civils y sont « retenus comme boucliers humains » par les jihadistes.

Les défaites de l’EI dans ces deux villes ne signifient néanmoins pas la fin des activités du mouvement. La perte de Mossoul serait un coup très dur porté à l'EI, mais ce groupe continue d'occuper des régions dans les provinces de Ninive (Nord), de Kirkouk (Nord-Est) et d'al-Anbar (Ouest). De plus, la campagne militaire pour libérer Mossoul de l’occupation de l’EI a débuté depuis presque 8 mois n’a néanmoins pas empêché la continuation des attaques terroristes meurtrières contre des zones civiles de l’organisation fondamentaliste. La dernière en date était le 16 juin lorsqu’au moins 20 personnes ont été tuées par un kamikaze qui s'est fait exploser sur un marché d'une ville au sud de Bagdad.

En Syrie, l’offensive militaire des Forces démocratiques syriennes (FDS), dominés par les troupes du YPG, la branche militaire du PYD, accompagné par quelques forces armées arabes, sur la ville de Raqqa lancé depuis novembre 2016 pour chasser l’EI continuait toujours avec l’assistance des frappes aériennes de la coalition internationale menée par les Etats Unis. Après être entrés dans la ville du nord de la Syrie le 6 juin, les FDS se sont emparés d’un quartier dans l’est et d’un autre dans l’ouest. Elles tentent depuis lundi de capturer le quartier d’al-Senaa, situé aux portes de la vieille ville où se trouvent d’importantes fortifications du mouvement jihadiste. Le centre ville est en outre densément peuplé, ce qui devrait compliquer les opérations, comme c’est le cas à Mossoul.

Raqqa comptait avant l’offensive environ 300 000 habitants, dont 80 000 déplacés venus d’autres régions du pays. Après la fuite de milliers de personnes ces derniers mois, l’ONU estime à 160,000 le nombre d’habitants qui y vivent toujours dans des conditions se détériorant de jour en jour. Les civils de Raqqa en plus de souffrir de l’occupation de l’EI, ont subi les bombardements meurtriers la coalition internationale menée par les Etats Unis. Une enquête des Nations Unies sur les crimes de guerre a révélé qu'au moins 300 civils ont été tués lors des attaques aériennes de la coalition à Raqqa depuis mars. Au moins 200 de ces décès civils ont eu lieu dans un village, al-Mansoura, dans la région de Raqqa.

En même temps, les troupes du régime de Bachar al-Assad se sont emparées de neuf positions et villages à l’ouest de Raqqa. Le régime Assad veut atteindre deux objectifs à travers cette avancée : sécuriser le flanc Est de la province adjacente d’Alep et progresser contre l’EI dans les autres provinces de Homs et Deir Ezzor, également voisine de Raqqa.

L'avion états-unienne a abattu un avion de l’armée syrienne alors qu'il larguait des bombes près des FDS, soutenus par les États-Unis, dans la région de Resafa. L'appareil syrien a été abattu « dans un acte d'autodéfense collective », a déclaré l’US Central Command dans un communiqué. De plus, des combats ont éclaté 18 juin entre les troupes du régime Assad et des FDS dans la province de Raqqa où les deux forces rivales se sont rapprochées géographiquement. Des affrontements se sont déroulés dans les villages de Chouwayhane et de Jaaydine, deux villages à une quarantaine de km au sud de la ville de Raqqa.

En même temps, les gardiens de la révolution de la République Islamique d’Iran ont annoncé avoir tiré hier depuis l'ouest de l'Iran une série de missiles contre « des bases de terroristes » dans la région syrienne de Deir ez-Zor, contrôlée essentiellement par l'EI. Il s'agit des premiers tirs de missiles de l'Iran hors de son territoire en 30 ans, depuis la guerre Iran-Irak (1980-88). Ces tirs de missiles sont intervenus en « représailles » aux attentats perpétrés le 7 juin contre le Parlement et le mausolée de l'imam Khomeyni à Téhéran, qui ont fait dix-sept morts et ont été revendiqués par l'EI, ont annoncé les gardiens dans un communiqué publié sur leur site sepahnews.

Ces montées des tensions entre les différents pays et acteurs locaux ont été renforcées par l’avancement de l’offensive de Raqqa par le FDS d’un côté et les avancées de forces pro régimes dans la province de Raqqa et la volonté de contrôle de la bourgade syrienne d’Al-Tanf, contrôlée par les Etats-Unis à la jonction des trois frontières entre la Syrie, la Jordanie et l’Irak. Al-Tanf est devenue le point d’appui dans cette région frontalière des forces spéciales américaines, et dans une moindre mesure britanniques, depuis que des groupes armées de l’opposition syrienne sont parvenus, avec un soutien des forces occidentales, à déloger Daech de cette zone en mars 2016. Le 18 mai 2017, un convoi de milices pro-iraniennes qui se dirigeait vers Al-Tanf a été bombardé par l’aviation américaine. Le Pentagone a reconnu et justifié des « frappes défensives ». Le 6 juin, l’aviation américaine bombarde des forces pro-Assad qui se dirigeaient vers Al-Tanf. Le Pentagone précise « ne pas chercher à combattre les forces du régime syrien ou pro-régime, mais demeure prêt à se défendre ».

Les États-Unis et la Russie ont entamé des discussions en Jordanie pour établir une zone de désescalade militaire, dans le sud-ouest de la Syrie qui comprendrait la province de Deraa, à la frontière avec la Jordanie et Quneitra, qui borde les Hauts du Golan occupés par Israël. Pour rappel, en mai, l'Iran, la Russie et la Turquie avaient négocié un accord à Astana pour créer quatre zones « dés-escalades » militaires en Syrie. Les niveaux de violence ont été réduits dans les régions de désesclade militaire proposées, mais les combats ont continué dans les principales zones de front, y compris par exemple dans la ville de Deraa. L'armée syrienne et des milices soutenues par Téhéran ont intensifié leurs attaques et bombardements ces dernières semaines contre les régions de la ville de Deraa dans lesquelles par les groupes de l’opposition armée sont présentes, dans un éventuel prélude à une campagne à grande échelle pour recapture toute la ville. Les civils sont les premières victimes. 

Dans la province d’Idlib, les habitant-es de la ville de Ma'arat al-Nu'man, s’opposent à nouveau aux mouvements fondamentalistes religieux. Sous le slogan «le peuple est plus fort que vous», des milliers de personnes ont manifesté à plusieurs dans les rues de la ville depuis le 11 juin 2017 pour protester contre les actes répressifs Hay’at Tahrir a-Sham (une coalition d’organisation militaire islamique mené par Jabhat al-Nusra, anciènnement al-Qaida). Le mouvement Hay’at Tahrir a-Sham a attaqué la base militaire d’une groupe de l’Armée Syrienne Libre, la Division 13, tuant et emprisonnant plusieurs de ces membres.

Joseph Daher

20:19 Publié dans Arabie Saoudite, Etats Unis, Iran, Iraq, question kurde, Syrie | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

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